Être l’héritier d’une institution familiale vieille de 170 ans et continuer à la faire prospérer constitue un énorme défi. C’est celui de la famille Frojo, qui, de génération en génération, s’efforce de faire grandir le groupe de distribution spécialisé dans l’horlogerie et la joaillerie de luxe. Une véritable institution à Marseille.
A Marseille, Frojo rime avec horlogerie et joaillerie de luxe, comme si le patronyme faisait partie du patrimoine de la ville, au même titre que la Bonne Mère, l’Olympique de Marseille, le pastis, le savon, le panis et peut être Jul. Une renommée bâtie «pierre après pierre» selon Edouard Frojo, l’actuel dirigeant issu de la cinquième génération.
Une histoire familiale
Tout a commencé avec Eugenio Frojo, son arrière arrière-grand-père venu de Turin, entré en 1854 comme chef d’atelier dans la bijouterie-horlogerie marseillaise Charlet. En 1911, son fils Edouard, diplômé des Beaux-Arts de Marseille, rachète l’entreprise et lance des créations Frojo empreintes de modernité.
Son ambition : devenir une référence dans son domaine. Une aspiration qui prendra corps au lendemain de la seconde guerre mondiale avec Roger son fils, diplômé de Sup de Co. Et qui s’intensifiera avec Richard, qui développera l’entreprise en ouvrant d’autres points de vente dans la seconde ville de France, mais aussi à Courchevel, Saint-Tropez et Cannes.
Aujourd’hui un nouvel Edouard a repris le flambeau et réussi à écrire son chapitre de la saga familiale sans jamais renier l’ADN de la marque qui s’arcboute sur une alliance de la tradition artisanale et des exigences contemporaines.
Diplômé d’une école de commerce en marketing puis d’une formation en horlogerie à Lausanne et d’une formation au Gemmological institute of America, il n’a rien voulu laisser au hasard, se sentant probablement investi d’une mission : celle de faire perdurer et prospérer la maison Frojo.
14 points de vente à ce jour
Sous son impulsion, cette dernière rayonne dans le sud de la France avec pas moins de 14 points de vente : treize à Marseille et un à Val d’Isère (qui doit s’agrandir). En outre un quinzième est prévu avec Tudor qui doit ouvrir dans quelques semaines.
Ce maillage territorial très audacieux intègre cinq boutiques multimarques, cinq autres monomarque en joaillerie (Messika, Fred et Charlet) et trois en monomarque horlogerie (Rolex, Breitling, Tag Heuer), ainsi qu’une boutique monomarque accessoire (Montblanc). Au global ce groupe très enraciné dans le tissu économique local aurait généré l’an dernier 35 millions d’euros de CA/HT dont 60 % grâce à l’activité horlogère.
Une créativité propre au génie
Si la maison Frojo a accompagné ces dernières années la restructuration du marché voulu par les grandes marques horlogères, elle a réussi, par ses créations sous les marques Frojo et Charlet en joaillerie, à se trouver des relais de croissance bienvenus à l’heure où le marché «se resserre un peu », observe Edouard Frojo.
Le dirigeant de 53 ans se dit aujourd’hui fier d’avoir été rejoint dans l’aventure par la sixième génération composée de ses deux filles, Elisa (23 ans, chargée de marketing, communication et webmaster) et Inès (21 ans, en CAP bijouterie à la Haute Ecole de Joaillerie de Paris), qui est appelée à prendre la direction artistique de la Maison. La sixième génération sera donc incarnée par des femmes.
Un investissement sur des outils technologiques modernes
En attendant, explique Edouard Frojo, «pour continuer à servir nos clients et apporter nos savoir-faire ainsi qu’un service de qualité, nous employons 84 salariés. Si la force de vente constitue la majorité de nos ressources, nous mettons un point d’honneur à ce que nos ateliers restent à la pointe : c’est fondamental pour la qualité de nos services.»
Et d’expliquer que les ateliers sont d’ailleurs répartis en deux entités : un atelier horloger avec quatre artisans et deux ateliers joailliers, chez Charlet avec trois bijoutiers et chez Frojo avec onze personnes dont six bijoutiers, un sertisseur, deux personnes dédiées aux pierres précieuses et deux autres à la 3D.
«En horlogerie, nos ateliers collaborent avec les plus grandes marques suisses pour proposer des montres d’exception et offrir un service de restauration qui redonne vie aux pièces anciennes tout en respectant leur authenticité et leur histoire, argumente le dirigeant. En matière de joaillerie, nous restons aussi toujours dans une quête d’excellence, c’est l’ADN de mes aïeux.
Notre atelier est doté de tous les équipements traditionnels d’un atelier mais aussi d’outils technologiques modernes appliqués à la bijouterie comme le logiciel 3 design qui permet de réaliser des maquettes 3D sur ordinateur afin d’avoir un visuel proche de la réalité avant fabrication.
Il y a ensuite l’impression 3D d’une cire qui sera ensuite coulée dans le métal souhaité. Nos artisans réalisent à la main toutes les finitions possibles que ce soit le polissage mat ou brillant, le sertissage, la gravure, le rhodiage… afin que nous atteignions une qualité de finition parfaite. L’atelier est également équipé d’une machine à soudure laser qui permet de réaliser des soudures d’une extrême finesse ».
E.R.