A la tête du groupe Kogolo, Jean Danielian fait le point sur ses activités et revient sur l’histoire de DJ Serti qu’il a imposé comme partenaire des plus grandes maisons de joaillerie.
L’OFFICIEL HORLOGERIE & BIJOUTERIE : Sur un marché de la bijouterie/joaillerie très difficile actuellement, comment se portent vos activités ?
JEAN DANIELIAN : Nous sommes évidemment touchés par la crise, mais notre antériorité nous permet de nous en sortir en maintenant la totalité de notre effectif. Heureusement car j’ai un affect particulier avec chacun de mes collaborateurs.
Nous formons une famille et on n’abandonne pas sa famille. On trouve des solutions. Si elles n’existent pas, on les invente. Notre force, c’est le fruit de notre union. Une fois la crise passée, nous serons encore plus forts.
L’OHB : Faisons le point sur votre groupe. En plus de TGN 409, dont nous avons souvent parlé dans notre magazine, vous avez un atelier de sertissage DJ Serti. Quelle est son histoire ?
J. DANIELIAN : DJ est le vaisseau amiral du groupe Kogolo, basé près de Lyon. J’ai créé cette entreprise en 1993. Elle était basée au départ dans les combles de la maison de mes parents. Aujourd’hui elle dispose d’une très forte capacité de production.
L’OHB : Le démarrage a-t-il été compliqué ?
J. DANIELIAN : Non car ma réputation me précédait. À peine installé, j’ai dû former des membres de ma famille pour répondre aux demandes grandissantes. C’est en 1998 que le destin de DJ a vraiment basculé, quand l’entreprise Brun nous a sollicités pour la production de la maison Cartier.
La qualité de notre serti et notre capacité à augmenter nos volumes de sous-traitance nous ont permis d’avoir la confiance de cette maison.
L’OHB : Brun ayant été intégré à Cartier, vous êtes donc devenu sous-traitant en direct de la marque…
J. DANIELIAN : Absolument. C’est la part de chance dont a besoin tout entrepreneur. C’est à ce moment que m’est venue l’idée de compléter mon offre avec de la bijouterie. Je connaissais Gilles Feschet pour ses qualités de joaillier. Nous avions tous deux une même ambition débordante.
Nous avons donc uni nos forces et nos savoirs pour développer une unité de joaillerie en rang 2, calée sur le modèle d’un atelier de sertissage. Ainsi est né FG Atelier, devenue ensuite FG Manufacture. Notre association à parts égales a duré six années durant lesquelles nous avons inventé toute une mécanique qui n’existait pas à l’époque.
Cela a permis au métier de muter vers la joaillerie de répétition. Puis j’ai cédé les 50 % de mes parts et FG s’est développé en tant que fabricant de rang 1 jusqu’au rachat de l’entreprise par une grande maison en 2022.
L’OHB : Le modèle que vous avez créé avec FG serait-il devenu une référence dans la joaillerie ?
J. DANIELIAN : Plusieurs entreprises se sont créées depuis sur ce modèle. Mais ce n’est pas tout. Au-delà du fait que nous devions gérer la traçabilité de chaque pièce et sa documentation, il fallait aussi avoir une visibilité sur l’avancement de la production car nos deux entités étaient sur des lieux différents.
J’ai alors fait la connaissance de Thomas Lamy à qui j’ai confié la création d’un logiciel spécifiquement dédié à la production joaillière qu’il a nommé Néo-Fugu. À ce jour, cet ERP fait référence dans la profession et Thomas est devenu un très grand expert dans l’organisation de la supply chain.
L’OHB : Vous semblez être un précurseur dans plusieurs domaines…
J. DANIELIAN : J’ai une tendance à anticiper les schémas futurs en innovant sans cesse. Mais c’est la persévérance de Thomas et sa résistance aux problèmes rencontrés depuis la création de Néo-Fugu qui ont fait de moi un précurseur. S’il avait abandonné son projet avant terme, il aurait fait de moi un rêveur.
L’OHB : Qu’est-il advenu de DJ Serti après la revente de vos parts dans FG ?
J. DANIELIAN : DJ est devenu sous-traitant de FG. Bénéficiant d’une notoriété acquise avec le groupe Richemont, la société a continué de se développer jusqu’à devenir l’un des plus importants prestataires en sertissage pour Van Cleef & Arpels. L’entreprise travaille aujourd’hui pour la plupart des marques françaises et elle est une des plus importantes d’Europe en termes de potentiel.
L’OHB : Quels sont les atouts de DJ Serti ?
J. DANIELIAN : Nous sommes dans notre trente-deuxième année et bénéficions d’une maîtrise de tous les sujets. Nos plus anciens collaborateurs ont plus de 20 ans de maison. Ils servent de tour de contrôle pour les plus jeunes générations. Tous sans exception ont été formés au sein de l’entreprise et chacun est aussi à l’aise sur le travail mécanisé de grandes productions que sur la joaillerie traditionnelle.
L’OHB : Quelle est votre conclusion pour clôturer cette interview ?
J. DANIELIAN : Il faut que le pôle de fabrication lyonnais reste fort pour que nous puissions tous ensemble continuer d’exporter le savoir-faire français quand nous aurons passé la période difficile. Les marques auront à nouveau besoin de nous, il faut donc qu’elles fassent elles aussi des efforts pour nous soutenir.
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